Vous avez commandé une voiture électrique et demandé un devis pour une borne. Et on vous répond que votre compteur ne suivra pas. Ou pire : la borne est déjà posée, et le disjoncteur général saute un soir sur deux. En général, cela arrive quand le four tourne et que quelqu’un lance une machine.
Dans les deux cas, le mot qui revient est le même : délestage. C’est une solution réelle, et elle règle beaucoup de situations. Mais on la vend souvent comme une formule magique. En réalité, elle répond à une question précise, et ne convient pas à tout le monde.
Voici comment savoir si vous en avez besoin. Voici aussi ce que ça change concrètement chez vous, et ce que doit contenir un devis sérieux sur ce point.
Le délestage ne crée pas de puissance, il arbitre
Votre abonnement électrique définit une puissance souscrite, exprimée en kVA. C’est en effet le maximum que votre installation peut tirer à un instant donné, tous appareils confondus. Au-delà, le disjoncteur de branchement coupe.
Or une borne de 7,4 kW appelle environ 32 ampères en monophasé. Sur un abonnement de 9 kVA, elle mobilise à elle seule la grande majorité de ce dont vous disposez. Il reste alors peu de marge pour le reste : plaques de cuisson, four, chauffe-eau, pompe à chaleur ou chauffage électrique.
Sans régulation, deux choses peuvent se produire. Soit l’installateur bride la borne à une intensité basse, une fois pour toutes. Vous rechargez alors lentement en permanence, un peu comme avec une prise renforcée, y compris la nuit quand la maison ne consomme rien. Soit la borne charge à pleine puissance, et le compteur coupe dès que le reste du foyer se met en route.
Le délestage règle ce problème en surveillant la consommation réelle de la maison. Quand elle monte, la borne réduit son appel de puissance. Elle le remonte dès qu’elle redescend. Rien n’est créé. La puissance disponible est simplement répartie, en donnant la priorité au reste du logement.
C’est un point qu’il vaut mieux comprendre avant de signer, car il fixe une limite. Si votre abonnement est réellement trop juste pour votre usage, aucun délestage ne le compensera. Il évitera les coupures, mais vos temps de recharge s’allongeront.
Avez-vous vraiment besoin d’un délestage ?
Le calcul se fait en deux minutes, et vous pouvez le faire avant même de nous appeler.
Commencez d’abord par relever votre puissance souscrite. Elle figure sur votre facture d’électricité, et elle s’affiche aussi sur l’écran de votre compteur Linky. En maison individuelle, on rencontre le plus souvent du 6, du 9 ou du 12 kVA. Les logements anciens jamais modifiés sont d’ailleurs fréquemment restés en 6 kVA.
Estimez ensuite ce que consomme votre foyer à son pic. C’est-à-dire en fin de journée, quand tout tourne en même temps. Une plaque à induction en pleine charge, un four, un chauffe-eau qui se déclenche, du chauffage électrique : les kilowatts s’additionnent vite.
La différence entre les deux vous donne alors la marge dont dispose la borne. Si cette marge est inférieure à la puissance de borne que vous visez, vous devrez arbitrer. C’est là que le délestage entre en jeu. Mais ce n’est pas la seule option, et nous y revenons plus bas.
Une remarque utile au passage : une borne peut être paramétrée en dessous de sa puissance nominale. Beaucoup de foyers découvrent qu’une 7,4 kW réglée intelligemment couvre largement leurs besoins. En effet, ils roulent 40 kilomètres par jour et branchent toutes les nuits. La puissance maximale n’est donc pas toujours le bon objectif.
Si votre calcul montre une marge trop courte, la suite de cet article vous expliquera vos options. Mais si vous préférez une réponse sur votre cas précis, posez-nous votre question : indiquez votre puissance souscrite et ce que vous comptez recharger. Nous vous dirons alors ce que votre installation accepte.
Délestage dynamique ou limitation fixe : la nuance qui compte
En réalité, le vocabulaire commercial mélange deux choses très différentes.
Le délestage dynamique fonctionne en temps réel. La borne reçoit en permanence l’information de ce que consomme le logement. Elle ajuste alors son intensité en quelques secondes. La nuit, quand la maison dort, elle charge à pleine puissance. À dix-neuf heures, en revanche, elle s’efface derrière le four.
Ce qu’on appelle parfois délestage statique n’est pas vraiment du délestage. C’est une limitation fixe. La borne est bridée à une valeur donnée, par exemple 16 ampères, et elle y reste, quelle que soit l’heure. Certains équipements permettent de modifier ce réglage depuis une application, ce qui reste manuel.
La distinction a des conséquences concrètes. Si un devis mentionne du délestage sans préciser lequel, méfiez-vous. Vous risquez de payer pour une régulation intelligente, et de repartir avec une borne bridée en permanence. C’est l’une des différences les plus fréquentes entre deux propositions qui semblent équivalentes sur le papier.
Comment la borne connaît la consommation de la maison
Pour arbitrer, la borne a en effet besoin d’une information : combien le logement tire en ce moment. Elle peut l’obtenir de plusieurs façons. Le choix dépend alors de la configuration des lieux, pas d’une préférence de l’installateur.
La voie la plus directe est ainsi la télé-information client du compteur Linky, souvent abrégée en TIC. C’est une sortie filaire prévue pour ça, accessible gratuitement. On y raccorde deux fils de faible section vers la borne. Chez Schneider, le raccordement se fait sur les borniers I1 et I2, avec le compteur configuré en mode historique. Chez Hager, les bornes de la gamme Witty acceptent une carte dédiée qui remplit la même fonction. Elle reste compatible avec les compteurs Linky comme avec les compteurs électroniques de génération précédente.
Beaucoup de clients nous demandent si ouvrir le capot inférieur du Linky pose un problème avec Enedis. Non. Cette partie du compteur est prévue pour être ouverte, et aucune alerte n’est déclenchée. La TIC est en effet une fonction mise à disposition, pas une manipulation tolérée.
Quand la liaison filaire n’est pas réalisable, on passe par un module de mesure installé au tableau. Une autre option est un capteur placé autour du câble d’arrivée. Le module transmet ensuite l’information à la borne selon le protocole de la marque. C’est la solution retenue quand le compteur est éloigné, ou quand la borne est alimentée depuis un tableau secondaire.
Un point à connaître : ces modules ne sont pas universels. Un accessoire prévu pour une marque de borne ne pilotera pas celle d’un autre fabricant. La compatibilité se vérifie donc au moment du choix du matériel, pas après la pose.
Les configurations qui compliquent les choses
Certaines situations demandent plus de travail, et c’est souvent ce qui explique l’écart entre deux devis.
Le cas le plus courant, chez nous, est par exemple le compteur en limite de propriété, au portail. La borne, elle, se pose au garage ou sur la façade arrière. La liaison filaire devient alors longue, parfois impossible à faire proprement. On bascule donc sur un module de mesure au tableau.
Il y a aussi les compteurs électromécaniques encore en service, qui ne proposent aucune sortie d’information. Le raccordement classique n’existe pas : il faut passer par une mesure de courant.
Enfin, sur une installation triphasée, la répartition entre les phases doit être vérifiée. Une maison dont les circuits sont mal équilibrés peut déclencher alors que la puissance totale est loin d’être atteinte. En effet, il suffit qu’une seule phase sature. C’est un diagnostic qui se fait sur place, tableau ouvert.
Délester ou augmenter la puissance de son compteur ?
C’est la question que la plupart des articles évitent. C’est pourtant celle qui coûte le plus cher si on se trompe.
Augmenter la puissance souscrite est simple sur le principe : un appel à votre fournisseur suffit dans la majorité des cas. Mais l’abonnement augmente. Et cette hausse se répète tous les mois, aussi longtemps que vous habitez la maison. Sur dix ou quinze ans, la facture cumulée devient significative.
Le délestage, à l’inverse, se paie une fois : le matériel, le raccordement, le réglage. Ensuite, il ne coûte plus rien.
Cela ne veut pas dire que le délestage gagne toujours. Si votre installation était déjà à l’étroit avant la voiture, et si vous coupez régulièrement en hiver sans borne, le problème n’est pas la recharge. Le délestage ne ferait alors que déplacer la gêne. Dans ce cas, augmenter la puissance est la bonne réponse.
Et dans certaines maisons anciennes, passer à une puissance supérieure suppose des travaux sur le branchement lui-même. Cela change alors complètement l’arbitrage.
Il n’y a donc pas de réponse unique. Il faut plutôt comparer un coût récurrent et un coût unique, à la lumière de ce que votre installation encaisse réellement. C’est précisément ce que nous regardons lors de la visite technique.
Le calcul qui compte. Le délestage se paie une fois : matériel, raccordement, réglage. Augmenter la puissance souscrite, en revanche, se paie chaque mois, aussi longtemps que vous habitez la maison. Sur dix ou quinze ans, l’écart devient significatif.
Ce que votre devis doit mentionner
Quelques points, enfin, permettent de distinguer une proposition sérieuse d’une ligne vague.
D’abord, le type de pilotage doit être nommé. Liaison TIC, module de mesure, capteur de courant : la méthode retenue doit apparaître. Elle vient avec la référence du matériel, ou au minimum sa famille. Une mention « paramétrage de la borne » ne dit rien.
Ensuite, si la solution repose sur une liaison filaire, le cheminement doit être décrit. C’est particulièrement vrai lorsque le compteur est éloigné du point de pose. C’est du travail réel, et il doit être chiffré.
La mise en service, enfin, doit prévoir un essai de charge et un réglage d’intensité adapté à votre installation. Une borne livrée sur son réglage d’usine, à 32 ampères, sur un abonnement qui ne le supporte pas ? C’est une panne programmée. Nous détaillons ce point dans notre article sur l’entretien et le dépannage.
Les protections dédiées doivent aussi figurer. La ligne d’alimentation d’une borne ne se raccorde pas sur un circuit existant : elle demande sa propre protection différentielle et son propre disjoncteur, dimensionnés selon la puissance retenue.
Vous avez déjà reçu une proposition et vous n’arrivez pas à savoir si ces points y sont traités ? Envoyez-la-nous, nous vous dirons ce qu’elle couvre et ce qu’elle laisse de côté. Sans engagement, y compris si vous choisissez ensuite un autre installateur.
Ce que nous constatons dans le Gard rhodanien
Le bâti local a en effet ses habitudes, et elles reviennent d’un chantier à l’autre.
Dans les cœurs de village de Laudun-l’Ardoise, de Saint-Victor-la-Coste ou de Pont-Saint-Esprit, les compteurs sont fréquemment installés en façade sur rue. La place de stationnement, elle, se trouve à l’arrière ou dans une remise. La distance impose alors souvent le module plutôt que la liaison directe.
Dans les mas et les maisons isolées, entre Bagnols-sur-Cèze et la vallée de la Cèze, on trouve encore beaucoup de tableaux qui n’ont pas été repris depuis longtemps. Les abonnements y sont souvent restés en 6 kVA, car le chauffage est au bois ou au gaz. Ces installations acceptent très bien une borne. Il faut toutefois traiter la question de la puissance dès le départ, plutôt qu’après la pose.
Les lotissements récents posent moins de difficultés. Mais la question revient dès qu’un second véhicule électrique arrive dans le foyer.
Nous intervenons dans un rayon d’environ soixante kilomètres autour de Laudun-l’Ardoise, sur le Gard, le Vaucluse et le sud de l’Ardèche. Nous sommes également qualifiés Qualifelec IRVE. Cette qualification conditionne la conformité de l’installation, votre couverture d’assurance et l’application de la TVA réduite sur la pose.
L’ordre des décisions compte plus qu’on ne croit
La plupart des installations problématiques que nous reprenons ont un point commun. La borne a été choisie avant que la question de la puissance ne soit posée. Le matériel arrive, on découvre que l’abonnement ne suit pas, et on bricole une limitation pour que ça fonctionne.
Dans le bon ordre, en revanche, le relevé de l’installation précède le choix de la borne. On regarde la puissance souscrite, l’état du tableau et la position du compteur. On mesure aussi la distance jusqu’au point de pose, et l’on note vos habitudes de recharge. La solution de pilotage découle ensuite de ce constat, et le modèle de borne se choisit en fonction de ce qu’il doit pouvoir faire.
Ce relevé porte d’ailleurs sur l’ensemble du tableau, pas seulement sur la future ligne de la borne. Ajouter une charge de plusieurs kilowatts sur une installation ancienne fait remonter ce qui était déjà limite. On pense aux protections manquantes, à la mise à la terre à reprendre ou au tableau saturé. Autant le savoir avant les travaux, plutôt que le découvrir en cours de chantier.
C’est moins spectaculaire qu’un catalogue, mais c’est ce qui évite de payer deux fois.
Si vous voulez qu’on regarde votre configuration, nous nous déplaçons pour un relevé et un devis, généralement sous soixante-douze heures. Vous pouvez aussi parcourir nos installations de bornes de recharge.