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Le calcul semble évident. D’un côté une prise renforcée, quelques dizaines d’euros de matériel. De l’autre une borne murale, plusieurs centaines. Le rapport paraît sans appel, et c’est pourquoi la question revient dans presque tous nos rendez-vous.

Sauf que ce calcul compare les deux mauvais chiffres. En réalité, la différence de prix ne se joue pas là où on la cherche. Et une fois qu’on la remet au bon endroit, l’arbitrage change pour une bonne partie des foyers. Pas pour tous, cependant : nous verrons dans quels cas la prise renforcée reste le bon choix.

Ce qui sépare réellement les deux solutions

Une prise renforcée, dont la Green’Up de Legrand est le modèle le plus connu, ressemble à une prise de courant ordinaire. Elle en diffère toutefois par ses contacts, conçus pour encaisser une intensité soutenue pendant des heures sans échauffement. Une prise classique, elle, n’est pas prévue pour ça.

Sa puissance plafonne à 3,7 kW. Une borne murale démarre à cette valeur, puis monte à 7,4 kW en monophasé, davantage en triphasé.

Ce chiffre de 3,7 kW n’est pas un hasard technique. C’est même le point que les comparatifs oublient de mentionner : il s’agit d’un seuil réglementaire. Le décret du 12 janvier 2017 impose en effet une règle simple. Au-delà de 3,7 kW, tout point de recharge doit être installé par un professionnel qualifié IRVE. En dessous, dans un logement privé non accessible au public, cette obligation ne s’applique pas.

La prise renforcée existe donc en partie parce qu’elle se place juste sous cette ligne. C’est une réponse à une contrainte administrative autant qu’à un besoin technique. Voilà pourquoi on la présente si souvent comme la solution simple.

Le coût que personne n’annonce

Voici la partie qui change l’arithmétique.

Une prise renforcée ne se visse pas à la place d’une prise existante. La norme NF C 15-100 impose en effet qu’un socle de recharge dispose de son propre circuit, tiré depuis le tableau. Il lui faut aussi une protection différentielle dédiée et une section de câble adaptée à la distance.

Autrement dit, le gros du travail est identique dans les deux cas : ouvrir le tableau, ajouter les protections, tirer une ligne jusqu’au point de charge, creuser si le stationnement est éloigné, reprendre la terre si besoin. Ce poste représente l’essentiel de la facture. Or il ne varie quasiment pas selon que vous posiez une prise ou une borne au bout.

Par conséquent, l’écart réel entre les deux devis se limite, pour l’essentiel, à la différence de prix du matériel. Cet écart existe et n’est pas négligeable. Il reste toutefois bien plus faible qu’on ne l’imagine. Une prise coûte quelques dizaines d’euros, une borne plusieurs centaines : voilà la seule vraie différence.

C’est pourquoi nous conseillons de demander les deux chiffrages sur la même visite. La différence apparaît alors pour ce qu’elle est. Et beaucoup de gens découvrent qu’elle ne justifie pas de renoncer à la puissance.

La règle à retenir. Le gros œuvre électrique — tableau, protections, ligne dédiée — est quasiment identique dans les deux cas. Le vrai écart de prix se limite au matériel, bien plus faible qu’il n’y paraît.

La vitesse réelle, et un piège fréquent

Sur une prise domestique ordinaire, le câble du véhicule bride volontairement la recharge, autour de 8 à 10 ampères. Le but : éviter l’échauffement. Comptez alors plus d’une journée pour remplir une batterie de taille courante.

Une prise renforcée fait mieux, sans pour autant transformer la situation : de l’ordre de 20 à 40 kilomètres d’autonomie récupérés par heure de branchement, selon le véhicule. Une borne de 7,4 kW double à peu près ce rythme.

Le piège se situe ailleurs, et nous le rencontrons régulièrement. En effet, une prise renforcée ne délivre sa pleine puissance qu’avec un câble capable de reconnaître son signal. Branchée avec le câble domestique standard livré avec la voiture, elle se comporte comme une prise ordinaire. Des clients nous appellent d’ailleurs parce que leur recharge n’a pas accéléré après l’installation. Dans la plupart des cas, c’est le câble.

Ce détail pèse sur le budget, puisqu’il faut ajouter ce câble au calcul. Mieux vaut donc le savoir avant de comparer les devis.

Quatre questions qui décident à votre place

Plutôt qu’un tableau d’avantages et d’inconvénients, voici les éléments qui tranchent réellement.

Quelle est la capacité de votre batterie ? Un hybride rechargeable embarque souvent une dizaine de kilowattheures. Une prise renforcée la remplit donc sans difficulté pendant la nuit. Un véhicule électrique de 60 ou 70 kWh, en revanche, se trouve dans une autre situation.

Que supporte le chargeur embarqué de votre voiture ? C’est le point le plus mal connu, et le plus décisif. Chaque véhicule possède en effet un convertisseur interne dont la puissance est plafonnée. Elle tombe parfois à 3,7 kW sur les modèles d’entrée de gamme. Le plus souvent, elle atteint 7,4 kW en monophasé. Si votre voiture plafonne à 3,7 kW, une borne plus puissante ne vous fera gagner aucune minute. L’information figure dans la notice, à la rubrique recharge en courant alternatif.

Combien de kilomètres faites-vous par jour ? Un trajet quotidien de trente ou quarante kilomètres se récupère largement en une nuit sur une prise renforcée. Le calcul se renverse toutefois pour ceux qui roulent beaucoup, ou dont les usages sont irréguliers.

Combien de temps la voiture reste-t-elle branchée ? Douze heures de stationnement nocturne représentent une quantité d’énergie confortable, même à puissance modeste. À l’inverse, une voiture qui repart au bout de trois heures a besoin de puissance.

Les cas où la prise renforcée est le bon choix

Nous la recommandons régulièrement, et il serait malhonnête de prétendre le contraire.

Elle convient d’abord à un hybride rechargeable, dont la batterie est petite et se remplit en quelques heures. Elle rend aussi service sur un second véhicule du foyer, réservé aux trajets courts. Une résidence secondaire, où la voiture reste stationnée longtemps et où la recharge n’est jamais urgente, s’en accommode également. Enfin, lorsque le chargeur embarqué plafonne de toute façon à sa puissance, une borne n’apporterait rien de plus.

Dans toutes ces situations, payer pour de la puissance qui ne servira pas n’a aucun sens.

Les cas où elle devient un mauvais calcul

À l’inverse, la prise renforcée montre vite ses limites dans plusieurs cas. Le véhicule est unique dans le foyer, la batterie dépasse la cinquantaine de kilowattheures, ou les journées sont imprévisibles. Rentrer à vingt heures avec dix pour cent de batterie, puis devoir repartir tôt le lendemain, devient alors une contrainte permanente.

Elle ne propose pas non plus ce que la borne offre en fonctionnement. On pense notamment à la programmation sur les heures creuses, au suivi de consommation, ou au bridage de puissance selon la maison. Ce dernier point compte particulièrement sur les abonnements modestes. Nous l’avons d’ailleurs détaillé dans notre article consacré au délestage.

Assurance, garantie et responsabilité

Voici un aspect que les comparatifs traitent rarement, alors qu’il pèse lourd.

Au-delà de 3,7 kW, l’intervention d’un professionnel qualifié IRVE n’est pas une recommandation : c’est une obligation réglementaire. En cas de sinistre lié à l’installation, un incendie par exemple, l’expert de l’assurance demandera le justificatif de qualification. Une installation réalisée hors de ce cadre expose donc à un refus de prise en charge.

Par ailleurs, cette qualification conditionne l’application de la TVA réduite sur la fourniture et la pose. Encore faut-il que le matériel et l’installation soient facturés par la même entreprise qualifiée, avec la mention correspondante sur la facture.

Un dernier point, valable même pour une prise renforcée : signalez l’installation à votre assureur habitation. Un équipement fixé sur le mur du logement principal est généralement couvert d’office. En revanche, une pose dans une dépendance, un garage détaché ou un abri isolé demande souvent une extension de garantie.

Enfin, un professionnel engage sa responsabilité décennale sur ce qu’il installe. Les défauts que les assureurs constatent le plus souvent sont connus : défauts d’isolement, infiltrations, mises à la terre insuffisantes. Ce sont précisément les points que la qualification vise à prévenir.

Ce que nous observons dans le Gard rhodanien

La question ne se pose pas ici comme dans une métropole, et notre réponse n’est pas la même non plus.

Beaucoup de foyers du secteur conservent deux véhicules, dont un thermique pour les longs trajets. Ils réservent l’électrique aux distances courtes. Bagnols-sur-Cèze depuis Laudun-l’Ardoise, Pont-Saint-Esprit, Orange ou Avignon depuis la vallée de la Cèze : ces trajets quotidiens se récupèrent sans difficulté pendant la nuit, même à puissance réduite. Pour ces profils, la prise renforcée tient donc parfaitement la route.

À l’inverse, dans les mas et les maisons isolées, la distance entre le tableau et le stationnement est souvent importante. Le coût du tirage de ligne devient alors le poste principal du devis. Or il reste identique quelle que soit la solution retenue. C’est précisément dans ces configurations que renoncer à la borne fait économiser le moins.

Nous intervenons dans un rayon d’environ soixante kilomètres autour de Laudun-l’Ardoise, sur le Gard, le Vaucluse et le sud de l’Ardèche. Vous pouvez d’ailleurs consulter nos installations de bornes de recharge.

Le bon réflexe avant de trancher

Ouvrez la notice de votre véhicule, puis cherchez la puissance maximale acceptée en courant alternatif. Ce seul chiffre élimine déjà une partie de l’hésitation. S’il indique 3,7 kW, la question est réglée : aucune borne ne vous fera gagner de temps.

S’il indique 7,4 kW ou davantage, la décision se joue ailleurs : sur vos kilomètres et sur la durée de branchement. Dans le doute, faites chiffrer les deux solutions sur la même visite. C’est en effet le seul moyen de voir l’écart réel, plutôt que celui qu’on imagine.

Demander un chiffrage des deux solutions

Qui écrit

ML Elec — Mickael Laville, électricien certifié Qualifelec IRVE, installe des bornes de recharge dans le Gard, le Vaucluse et le sud de l’Ardèche depuis Laudun-l’Ardoise. Cet article s’appuie sur des installations réelles réalisées dans le secteur.

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